Piquet, Chien vert, Lansquenet… Les jeux de cartes anciens

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Carte double ou triple, retourne, fond de jeu et tailleur… Ce vocabulaire ne vous dit sans doute rien, pourtant il fait partie intégrante de nombreux jeux de cartes anciens. Certains ont su évoluer pour donner naissance aux jeux de cartes célèbres aujourd’hui (belote, rami…), d’autres sont tombés dans l’anonymat le plus complet. Effectuons un petit tour d’horizon de ces divertissements d’un autre temps.

whist

Piquet et jeux similaires

Le piquet est l’un des plus anciens jeux de cartes à être encore connu de nos jours : il remonte au minimum au XVIème siècle, puisqu’il est évoqué dans le célèbre ouvrage de Rabelais, Gargantua.

Il se joue principalement à 2 avec un jeu de 32 cartes, et se décompose en 3 phases distinctes :

  • l’écart
  • les annonces
  • le jeu de la carte.

Durant la 1ère phase, le joueur peut écarter de 1 à 5 cartes de son jeu, et les remplacer par d’autres issues de la pioche. Ensuite, pendant les annonces, les joueurs énoncent les combinaisons qu’ils ont pu former avec leurs cartes (cette partie se rapproche du rami actuel).

Puis on passe à la dernière phase : chaque participant doit remporter le plus de plis possibles. Il n’y a pas d’atout, chacun doit fournir à la couleur s’il le peut. L’ordre est classique, comme celui de la bataille.

De nombreuses variantes existent, parmi lesquelles :

  • le piquet normand
  • le piquet voleur
  • l’impériale
  • l’écarté

Pour les 2 premières versions évoquées, les règles sont strictement identiques : seul le nombre de participants change (3 pour le piquet normand, 4 pour le voleur).

Dans l’impériale, il faut également réaliser des combinaisons : une impériale désigne un carré d’As, de Rois, de Dames ou de 7. Il peut s’agir également d’uns suite As-Roi-Dame-Valet de la même couleur. Il existe néanmoins quelques différences avec le piquet : par exemple, si l’adversaire déclare la suite précédemment citée, on peut la retourner à son avantage en possédant dans son jeu les 3 autres cartes qui complètent la couleur : on parle alors d’impériale tournée.

Il est également possible de réaliser des impériales blanches (lorsque l’on ne possède pas de figure dans son jeu) ou des impériales tombées (qui nécessitent le Roi et la Dame d’atout).

L’écarté s’éloigne beaucoup plus des règles du piquet. Cependant, c’est également un jeu de levées qui débute par une phase où il est possible d’échanger une partie (ou la totalité) de sa main initiale. Il existe ensuite de nombreuses astuces pour savoir comment jouer de manière efficace (le principal étant de jouer d’autorité, c’est-à-dire de ne pas échanger sa main, si possible).

Le whist et ses variantes

Les règles du whist sont relativement célèbres, puisqu’elles sont à l’origine de l’un des plus célèbres divertissements actuels, le bridge. Néanmoins, certaines versions très anciennes sont restées dans l’anonymat…

C’est pas exemple le cas de la sizette, qui se joue à 6 (3 contre 3) avec un jeu de 36 cartes (les 32 classiques auxquelles on ajoute les Six). Chaque équipe est composée d’un capitaine (ou gouverneur), qui se place au centre de ses partenaires. Les coéquipiers ont le droit de s’échanger des informations en parlant, bien qu’il soit interdit de montrer sa main.

Quant à la quadrette, comme son nom l’indique, elle ne diffère de la sizette que par le nombre de participants (4 au lieu de 6). Le reste des règles est identique.

Mise obligatoire !

joueurs de lansquenetParmi les jeux de cartes anciens très en vogue dès le XVIIème siècle, on retrouve principalement des divertissements impliquant des mises. Les courtisans raffolaient de ces amusements basés sur le hasard.

Le plus connu d’entre eux est sans doute le Lansquenet, principalement joué durant les règnes de Louis XIII et Louis XIV. De 4 à 12 joueurs peuvent participer : le but, comme pour la plupart des jeux d’argent impliquant une bonne dose de chance, est de ne pas perdre sa chemise ! Comme au black-jack, les concurrents ne s’affrontent pas les uns contre les autres mais font face à un banquier. Si vous désirez approfondir vos connaissances sur ce loisir, lisez cet article très complet sur les règles du lansquenet.

Vers le XIXème siècle, c’est la tontine qui fait son apparition : il fait partie de la famille des jeux de poules, c’est à dire des divertissements impliquant un grand nombre de personnes misant chacune une faible somme, et qui peuvent en revanche gagner gros en remportant le pactole global (le loto actuel en est un parfait exemple). Aucune stratégie ici : chaque participant reçoit une seule carte et, en fonction de sa valeur, récupère ou rajoute des jetons à la cagnotte. Les tours s’enchaînent jusqu’à ce qu’un seul concurrent possède encore des jetons : il est déclaré vainqueur et remporte l’ensemble des sommes misées durant la partie.

Une des principales variantes de la tontine est le chien vert : le principe est exactement le même, les participants perdent et gagnent des jetons de la même façon. La différence, c’est que la personne qui pose le Valet de pique (également nommé chien vert) ramasse toutes les mises posées sur la table.

Partir pour mieux revenir

Certains de ces anciens divertissements étaient tombés dans l’oubli mais ont su revenir sous des formes modernisées, et connaissent aujourd’hui encore un vif succès.

C’est par exemple le cas du Polignac : il apparaît à la chute de la Restauration et tient son nom du ministre de Charles X, Jules de Polignac. Celui-ci était très peu apprécié par le peuple français qui a donc délibérément donné son patronyme à la plus mauvaise carte du jeu, le valet de pique. Celui-ci, ainsi que les autres valets, doivent éviter de figurer dans les plis remportés par les participants, sous peine de recevoir des points de pénalité. Pour y échapper, il faut simplement ne pas prendre de pli ou, au contraire, les remporter tous ! Dans ce dernier cas, tous vos adversaires subiront des malus.

Si vous êtes un habitué des jeux Windows, vous aurez sans doute reconnu l’ancêtre de la Dame de Pique ! Aujourd’hui l’un des divertissements les plus joués en ligne, il est directement issu du Polignac.

Prenons maintenant le cas du quatre figures : dans ce jeu de 32 cartes, il fallait associer 4 figures en échangeant ses cartes avec celles de ses adversaires. Il avait ainsi posé les bases du kem’s, qui rappellera des souvenirs d’enfance à la plupart d’entre vous. Il fallait non seulement aligner 4 cartes identiques, mais également le faire savoir à son coéquipier à l’aide d’un signe de connivence établi au préalable. Ce détail, inédit dans la version du jeu de cartes ancien, explique sans doute la grande popularité du kem’s.

Le piqueur trécar repose sur un principe très simple : les joueurs doivent former des suites dans un ordre prédéfini, facile à retenir grâce au moyen mnémotechnique offert par le nom du jeu : pique, coeur, trèfle, carreau. Complètement inconnu de la plupart de nos concitoyens, il a néanmoins ouvert la voie à des divertissements populaires comme la bataille corse, qui reprend ce principe de tas central récupéré par le vainqueur.

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Auteur : cedric
05/12/2014