Triches et Tricheurs

triche aux cartes

Introduction

Difficile de parler de jeux sans parler de tricherie : elle était présente à la naissance du jeu, et elle sera certainement présente jusqu’à sa mort.

La proportion des tricheurs varie beaucoup, suivant les jeux, les régions et les époques qui ont marqué l’histoire des jeux de cartes. Il est évident que, dès que l’argent intervient, la proportion de tricheurs est plus importante. Dans certains cas, la tricherie est la règle. C’est le cas pour le bonneteau, dont le but est de plumer le « pigeon » de passage ou l’aluette, où la tricherie est codifiée – chaque joueur doit essayer de donner un maximum d’informations à son partenaire en en donnant le moins possible à ses adversaires. On peut aussi citer le cas des riverboats du Mississipi, au XIXe siècle : on raconte qu’il n’y avait qu’une poignée de joueurs honnêtes sur plusieurs milliers.

Histoire (résumée) de la tricherie

La tricherie a aussi un versant spectaculaire et positif : les magiciens utilisent les mêmes outils, les mêmes méthodes mais dans le but uniquement d’impressionner et de distraire.

Les premières cartes à jouer ont un dos uni. Les défauts, salissures, variations de teinte du papier facilitent l’identification des cartes par les « pipeurs », qui peuvent alors connaître facilement le jeu de leur adversaire. Il ne fait toutefois pas bon tricher : doigts ou oreilles coupées, bannissement, … Les peines sont lourdes pour qui se fait prendre !

A partir de la fin du XVIIIe siècle, le législateur et les cartiers innovent pour lutter contre la tricherie : les dos tarotés remplacent les dos blancs, les cartes s’épaississent pour ne plus pouvoir être lues par transparence, les coins arrondis limitent la possibilité que les cartes soient cornées, …

Hasard, chance et probabilités

Les jeux de cartes font intervenir dans des proportions variables le hasard et la compétence.

chanceSi certains jeux ne demandent aucune compétence particulière et se basent uniquement sur le hasard (certains jeux d’argent comme le pharaon, certains jeux enfantins comme la bataille), le hasard, lui, est presque toujours présent.

D’après la théorie des probabilités, deux adversaires de même niveau ne peuvent pas être départagés sur un grand nombre de parties. Par contre, et c’est là que la chance intervient, l’un des deux peut prendre le dessus sur quelques parties d’affilée. De même, un joueur moins bon peut remporter quelques parties face à un jouer meilleur mais, sur le long terme, il perdra.

Il est toujours plus facile d’accuser la malchance lorsqu’on perd, mais la cause la plus probable est qu’on a un joueur de meilleur niveau en face de soi.

Un peu de vocabulaire :

  • dos taroté : dos recouvert d’un motif
  • pipeur : désigne un tricheur. Le mot est notamment employé par Rabelais ; il disparaît petit à petit à partir de la fin du XVIIe au profit de « tricheur ».

Qu’est-ce qu’on bon joueur ?

Un bon joueur peut se limiter à une bonne maitrise des mécanismes d’un jeu, mais un très bon joueur doit connaître la théorie des probabilités. C’est elle qui va lui dire, en fonction des cartes déjà jouées, quelles cartes vont probablement sortir.

Par exemple, au rami, si 3 as et seulement 1 roi ont déjà été tirés du talon, il est plus probable que la prochaine carte soit un roi qu’un as (mais attention : un roi peut être peu probable et un as très improbable).

Un très bon joueur honnête n’a toutefois que peu de chances face à un tricheur : si le premier connait les probabilités, le deuxième les maitrise.

Quelles sont les méthodes des tricheurs ?

La tricherie se fait à 2 niveaux :

  • premièrement, le tricheur va essayer d’avoir la meilleure connaissance possible du jeu : les cartes que ses adversaires ont en main, les cartes à distribuer, …
  • deuxièmement, il influera sur le jeu pour améliorer sa main, ou éviter de donner un bon jeu à son adversaire.

Pour ce faire, il peut s’appuyer sur la complicité d’un autre joueur ou d’un spectateur (ce qu’on appelle au poker la collusion), compter sur son habileté manuelle ou utiliser des gadgets plus ou moins élaborés.

Outils des tricheurs

Au moment du mélange ou de la coupe

distribution tricheCes deux phases sont cruciales pour le tricheur : ce sont celles qui introduisent un peu d’aléatoire dans le jeu. Son objectif, s’il est donneur, sera alors de préserver l’ordre de certaines cartes qu’il aura repérées ou préparées auparavant (le faux mélange), puis d’annuler la coupe, ou de bénéficier de l’aide d’un complice qui lui fera une fausse coupe.

Ce mélange peut aussi être annulé par l’utilisation d’un jeu préparé, sorti au bon moment.

Au moment de la donne

Si le donneur-tricheur a une connaissance des cartes du paquet à distribuer, il lui est facile de donner la deuxième carte du paquet, la dernière (assez facile), voire une carte du milieu (plus difficile).

Il peut pour cela utiliser un objet métallique (étui à cigarettes, bague, …), comme miroir, pour regarder la première ou la dernière carte du paquet. S’il connait déjà l’ordre des cartes, cela est naturellement inutile.

Ici, nous pouvons voir les différentes techniques de distributions frauduleuses :

Changeurs

Un changeur est un mécanisme permettant au tricheur d’échanger une carte de sa main contre une carte préparée à l’avance. Le mécanisme est déclanché par un mouvement (alongement de la jambe, …)

Jeux marqués

Un jeu marqué comporte des signes permettant à son propriétaire d’identifier le rang des cartes et éventuellement leur couleur. Pour certains jeux, comme le blackjack, il suffit de différentier les cartes fortes.

Voici quelques exemples de marquage :

  • modification du motif du dos des cartes, avec le grattage de certaines parties du motif, renforcement d’ombres, points, …
  • des encoches peuvent être faites sur les côtés des cartes. La position de l’encoche donne le niveau de la carte.
  • légères bosses faites à l’aide d’une épingle, ou abrasion d’une partie du vernis, détectable au doigt
  • ondulations, faites en pinçant les cartes à l’aide de 3 doigts
  • cartes biseautées
  • cartes plus ou moins adhérentes (sert au moment de la coupe ou de la donne)

Ces marques peuvent être faites en cours de jeu, en faisant des encoche à l’aide d’un ongle, ou à l’aide d’un peu d’encre diluée appliquée avec un doigt.

La triche en ligne

Les joueurs en ligne ont souvent connu la sensation de ne rien pouvoir faire contre un adversaire. En fait, on se souvient surtout des mauvais coups, des lourdes défaites et bien moins des succès retentissants car la mémoire est sélective.

Pourtant la triche sur internet est bien réelle. Elle est même plus facile et de nombreux moyens le permettent. Par exemple :

  • Plusieurs personnes dans la même pièce qui jouent sur une même partie pour se liguer contre un joueur isolé est le cas le plus fréquent
  • Des joueurs qui utilisent des moyens de télécommunication comme skype. Ils peuvent ainsi se donner leurs jeux respectifs
  • Les plus doués en informatique développent même des bots (robots) qui vont être programmés pour jouer d’une certaine façon selon un modèle mathématique établi. Plusieurs bots peuvent ainsi être lancés simultanément pour contribuer à un pourcentage de succès plus élevé.

Cette forme de tromperie est limitée pour les parties sans enjeu. Elle le devient un peu plus quand il y a de l’argent à la clé. Heureusement, la sécurité des logiciels online a connu depuis plusieurs années des progrès considérables limitant fortement la collusion massive.

Comment lutter contre les tricheurs ?

Voici quelques trucs à savoir pour limiter les effets de la tricherie :

    • mélangez et coupez soigneusement le jeu (éventuellement le couper plusieurs fois),
    • jouez avec des jeux neufs (attention, un bon tricheur saura remballer un jeu marqué), et non avec de vieux jeux, dont les cartes seront tachées ou abimées,
    • changez de jeu régulièrement, pour éviter les marques en cours de partie,
    • n’hésitez pas à demander à examiner un jeu si vous avez un doute ; faites défiler le jeu (dos face à vous) à la manière d’un dessin animé, si vous voyez le motif bouger, c’est que le jeu est marqué,
    • n’hésitez pas à quitter une partie si vous trouvez perdre trop systématiquement.

Naturellement, le meilleur moyen est bien sûr de ne jamais jouer d’argent, mais c’est une autre histoire…